Qui es tu François Rastoll?


Né dans le Var.
Entre catéchisme et conservatoire, le culte de l’idéologie, du mysticisme, et de l’image furent omniprésents.
Dès son plus jeune âge, il se laisse envahir par tout ce qui est artistique, en développant un goût fortement prononcé pour le morbide.
" Ce que j'aimais quand j’allais à l'église, ce n'était pas de me dire que Dieu pouvait exister, mais que dans ce lieu de prière et de culte, des actes sexuels était commis. Je me souviens d’un prêtre charmant avec qui il était toujours possible de se faire des gâteries, sans risque comme il disait, derrière l’autel de l’église, et devant la croix d’un Christ tristement représenté. "
Ainsi, chacune des étapes de sa vie sera marquée par une représentation très forte de l’emblématique et de l’image. Sa première grande passion est le maquillage, enclenchée à l’âge de 5 ans lors des kermesses paroissiales, où le goût prononcé pour le travestissement et le maquillage faisait déjà quelque scandale.
" Me maquiller, c’est me permettre d’être un autre. Ainsi, je conserve toujours mon identité propre. Pourtant je n’ai jamais aimé les pseudos, qui eux ne permettent pas à la personne d’exister au travers du personnage. "
Ses parents et sa famille sont omniprésents tout au long de son enfance. Une grande famille protectrice, mais très ouverte d’esprit.
"Je n’ai jamais réellement su si ma famille me respectait vraiment, ou seulement si certains d’entre eux avaient simplement peur que je raconte les secrets que je connaissais sur eux. "
A l’adolescence, la scission classique avec le père qu’il ne comprend pas. A 17 ans il rencontre son premier amour, avec qui il partira vivre pendant 5 ans.
"Je ne pense pas pouvoir aimer quelqu’un comme je l’ai aimé, simplement parce qu’à l’époque je retrouvais dans cet amour la raison de vivre qui habitait mon enfance. Mais au-delà de cela, cet amour relevait de la passion fusionnelle, ce qui enclencha chez moi les moments les plus auto-destructeurs, et un goût naissant pour le sadisme "
Au bout de 4 ans de vie commune, à l’âge de 20 ans, il effectue une tentative de suicide.
Sauvé in-extremis par un couple d’amis venus lui rendre visite, il plongera dans le coma pendant trois jours.
L’année suivant, le couple ne vit plus ensemble, mais continue de se voir. François retourne chez ses parents, où il continue la musique qu’il avait commencée à l’âge de 18ans. A l’époque il créé le groupe Sophisticated Smile. Groupe aux influences tellement marquées que les œuvres restantes n’auront pour mérite que le fait d’avoir excité une passion pour la scène déjà très présente.
" Ce groupe n’était pas bon musicalement, mais très bon sur scène. J’ai conservé quelques titres de cette époque, que j’aimerais encore jouer aujourd’hui, car je pense qu’ils étaient vraiment intéressants "
Après quelques concerts, et l’édition d’une cassette, sabordage du groupe et départ sur Paris en 1993, et cela malgré la rencontre avec un autre amour qui durera neuf mois, mais qui ne sera qu‘un retardement de l’inévitable.
" Je suis parti de Toulon car cette ville m’étouffait. Je ne pouvais vivre que la nuit, car ce qui s’y passait la journée ressemblait à un cimetière de personnes en sursis. Au bout d’un moment, j’ai fini par ne même plus supporter les pavés sur lesquels je marchais. A cette époque, je commençais à consommer de plus en plus de drogue, et même si j’étais avec quelqu’un qui aujourd’hui est un ami, je ne pouvais m’empêcher de sortir avec une personne différente tous les soirs. A ce moment là, nous étions une bande de 5 copains particulièrement complices qui faisaient les pires conneries possibles, et cela simplement pour prouver que l’on était vivant. "
Arrivé à Paris en janvier 1993, et accueilli par son meilleur ami, il décide jusqu’en mai de réfléchir sur ce qu’il pourrait faire. A partir de là, il créé en 1993 le groupe Sharp Pain, projet qui durera environ quatre ans.
Pendant trois ans de studio, une multitude de cassettes furent enregistrées. A l’inverse du premier groupe, Sharp Papin avait de bonnes compositions, et après quelques concerts (Gibus, New Morning), ce fut la fin en milieu 1997, pour des raisons personnelles de chacun des membres du groupe.
" A cette époque, je vivais en colocation avec la guitariste. Nous étions très proches, peut-être même trop, dans nos têtes en tout cas. "
Il rencontre en 1994 le deuxième amour de sa vie, avec qui il restera trois ans.
" J’ai rencontré quelqu’un avec qui je suis resté car il était l’opposé de moi. J’étais excentrique, et lui militaire de carrière. Nous nous accordions parfaitement, malgré les critiques des gens les plus proches. La plupart étaient simplement jaloux de nous, et je dois avouer que je le vivais mal. Au bout de trois ans, nous avions enfin décidé de vivre ensemble. J’ai donc eu une phase de doute, que j’ai exprimé, mais qu’il n’a pas compris. Il est parti, il s’est bourré la gueule. Le lendemain, nous nous sommes battus très violemment, il est parti à l’hôpital, et ce même jour j’ai rencontré quelqu’un qui allait bouleverser ma vie actuelle. "
En 1997, début également une carrière d’artiste peintre.
Pour la première fois, il fallait faire des œuvres où, seul face à ce nouveau mode d’expression, le visiteur pouvait décoder les troubles personnels du passé. L’apposition de la signature sur la toile fut l’élément déclencheur qui permit de comprendre que le passé pouvait être résolu.
" J’avais enfin trouvé ma place "
Arrêt de toute activité musicale dès 1998.
D’expositions en expositions, le développement des concepts sera de plus en plus poussé, incorporant dans la matière des éléments de sa personne, peau, sang, sperme, etc.
Chaque exposition comporte environ 20 œuvres, mais la sélection drastique lui en fait créer plus d’une quarantaine par série. Le choix final se porte uniquement sur des œuvres majeures.
Chaque exposition sera ainsi le reflet d’un moment du passé, créant des œuvres où la photo prendra sa place dés 1999.
A cette époque, un autre fantôme le poursuit et le rattrape.
La drogue qu’il consomme tous les jours dans des quantités dépassant la raison, le fait aller dans des retranchements auto-destructeurs pour lui et son entourage.
" A ce moment là, je retrouvais ma jeunesse. Du moins, c’est ce que je croyais.
J’avais une cour de vautours autour de moi qui consommaient autant, sinon plus que moi, mais qui n’en payaient rien. Tous ces vautours, je me suis juré de leur faire payer chèrement ma descente en enfer, car aujourd’hui ils osent nier ce qu’ils étaient eux-même"
Lors de sa dernière exposition en juillet 2001, il est à un point de non-retour, et dans un derniers souffle de survie, il comprend qu’il est nécessaire de tout arrêter.
Il prépare alors un nouveau projet pour une exposition alliant musique, photos, peinture et écriture. Ce projet ne verra finalement pas le jour, car au fil de son avancement, la musique reprend le dessus. Il monte alors en 2002 le groupe Icon-X, la suite c’est sur l’historique d’Icon-X qui faut la lire.
"Cependant, la vie me bouscule toujours, et peut-être que dans peu de temps, tout s’arrêtera pour recommencer, peut-être que je ne suis fait que pour lancer des idées, sans jamais les réaliser, peut-être que ma vie est celle d’un bureaucrate, peut-être aussi que ma vie s’arrêtera quand le public décidera qu’elle devra commencer.
Alors j’espère être là pour en apprécier une partie. Sinon, ce sont mes nombreux héritiers qui profiteront de cette gloire inespérée, et pour moi la compagnie de l’oubli. "